La place du sacré

dans la culture contemporaine

 

 

 

 

Abbés Jirari

 

 

 

 

 

 

 

Allocution présentée à l’inauguration du « Forum Terre de vie : Forum culturel des chercheurs de sens », qui s’est déroulé à Paris du 28 novembre au 1èr décembre 2002

 


بسم الله الرحمن الرحيم,

الحمد لله رب العالمين,

والصلاة والسلام على سيدنا محمد وسائر النبيئين والمرسلين،وعلى آله وصحبه أجمعين.

 

 

Excellence et éminences,

Mesdames, mesdemoiselles et messieurs,

 

Permettez-moi tout d’abord d’exprimer mon bonheur d’assister au Colloque ‘Terre de vie’, et ma fierté de participer aux côtés d’éminentes personnalités, à l’échange d’idées sur le sujet de débat de cette rencontre : ‘Quelle réponse peut donner la culture dans la recherche du sens de l’homme aujourd’hui ?’

 

Je voudrais aussi présenter mes remerciements et ma haute considération à Monsieur Vianney Mallein qui m’a proposé de soulever lors de cette inauguration la question de « la place du sacré dans la culture contemporaine ».

 

Excellence et éminences,

Mesdames, mesdemoiselles et messieurs,

 

Pour donner, dans une brève introduction, une définition de la culture, je dirai qu’elle est l’ensemble des sentiments, des idées et des croyances que l’individu se procure par l’héritage,  la pratique, l’éducation, et l’instruction. La culture se définit  également par les connaissances, les expertises et les capacités  que la personne acquiert, consciemment ou inconsciemment. Ce savoir éduque sa nature, raffine son esprit, sensibilise sa conscience et définit les traits de sa personnalité. De ce fait, la culture est une manière de vivre qui ressort de l’homme selon l’environnement où  il évolue, et qui s’adapte avec les différentes composantes qui la définissent, y créant des modes de comportement qui ne tardent pas à devenir des habitudes et des traditions.

 

Aussi, la culture, comme nul ne l’ignore, est une composante essentielle de la personne et de la société,  de même que d’autres éléments avec lesquelles elle agit réciproquement et s’accorde harmonieusement. Ces éléments sont : la nation, la langue et la religion ou le sacré  qui les synthétise. Ceci rend la culture et le sacré deux piliers importants dans la constitution de cette identité, à tel point que je dirais que si la culture est le cœur de l’être humain, le sacré en est le battement, ou le sang qui coule dans les veines de son corps.

 

C’est ainsi que le sacré, dans ses différentes manifestations, étant  une croyance de foi que les pratiques culturelles éclaircissent, devient le centre de la sécurité et le noyau de la stabilité. Il constitue le fond de la personne,  lui inspirant quiétude et sérénité alors qu’elle affronte les tensions et les cruautés de la vie. Il protège sa santé psychologique face aux influences des éléments matériels, avec leurs risques et leurs conséquences sociales néfastes. Ces problèmes risquent de se propager en s’alimentant d’autres conditions de souffrances, pour créer l’intégrisme et la violence, et pour propager l’horreur et le terrorisme, comme c’est le cas dans différentes régions de notre monde contemporain.

 

De ce fait, le sacré forme l’esprit de la personne  et concrétiser son tempérament, ses émotions et son esprit. Il lui réalise son état humain et son équilibre avec son entourage et avec l’univers. Il lui permet de mener à bien son rôle culturel et civilisateur. Le sacré lui ouvre aussi de nouveaux horizons qui le rapprochent de la vérité, du bien, du bonheur et de la certitude. 

 

Quand cet équilibre se réalise, dans l’harmonie du  sacré avec la culture, les différences entre la raison et le cœur, entre la science et la foi, et entre la vie et la religion  disparaissent. Avec cet équilibre, s’efface également l’hésitation de l’être humain devant les grandes questions et les problématiques obscures. Il devient alors possible d’approcher les réponses aux questions occultes de l’au-delà, et de comprendre leurs complexités ; ce que  la raison n’a jamais pu faire, quels que soient ses degrés de maturité et de savoir.

 

De là, le penchant vers le sacré est un point commun de tous les êtres humains depuis que Dieu a crée l’univers. Ceci explique son existence même dans leurs croyances primitives, bien avant l’apparition des religions divines pour lesquels Dieu a envoyé ses messagers, dans le but de montrer à l’humanité le chemin du Salut. L’importance de cette aptitude provient de  l’attachement à la divinité, à sa connaissance, et à  la foi en elle et en tous les problèmes épineux qui s’y lient, cachant l’absolu. En effet, la croyance en la divinité est presque une disposition naturelle et instinctive pour ces êtres qui se sentent incertains, voire incapables de résoudre ces problèmes et de surmonter leurs grandes difficultés.

 

Dans cette optique, le sacré est le lien de la personne avec le monde, visible où invisible soit-il. Il lui fait sentir sa vérité, et le rôle qu’elle doit accomplir dans l’existence. Il lui fait sentir  aussi ce qui l’attire vers l’autre, même celui qui ne partage pas ses croyances. En conséquence, le sacré allége le lourd fardeau de l’énorme responsabilité dont Dieu a chargée l’être humain, après qu’Il l’ait honoré et préféré à d’autres créatures. Sans le sacré, ce fardeau aurait été trop pesant et insupportable.

 

Enfin, le sacré est un système complet et homogène où s’unissent la foi et la loi divine avec la raison, le sentiment et le comportement. Ce qui donne goût à la vie, en général, et lui procure un style de conduite envers soi-même et envers les autres, lui offrant ainsi un rayon d’espoir dans l’avenir et dans les générations futures.

 

L’histoire, ancienne et moderne, dévoile que la présence du sacré a toujours été très forte. Ceci était le cas quand il était maître et qu’il contrôlait tous les domaines. La situation était de même quand il était asservi à une autre force soucieuse de le maîtriser et d’imposer son hégémonie, ou plus précisément, quand le sacré était pris comme prétexte pour réaliser les intérêts et les convoitises d’une force parfaitement consciente de son importance et de sa forte influence. Ce qui provoquait au sacré une crise, s’ajoutant à celle qui aurait touché la foi même.

 

En général, une crise de foi n’est pas dû, comme il est cru, à une négation totale ou à un manque de croyance en ce sacré, parce que si c’était le cas cela n’aurait pas été un problème pour les hésitants. Elle résulte plutôt d’un trouble qui vient déstabiliser leur croyance et qui ne tarde pas, dans la majorité des cas, à se calmer quelle que soit la durée de ce désarroi. Ce qui prouve que la graine de la foi existe chez eux, ou chez la plupart d’entre eux, à un certain degré de fixité et de solidité même s’il est faible ou caché. En ce qui concerne les croyants, qui ne souffrent pas de tensions émotionnelles internes, ce problème ne se pose pas.

 

Le chercheur  dans l’histoire des religions et des cultures, ne tarde pas à remarquer que cet élément est applicable à elles toutes. Ceci est le cas malgré le manque de concordance culturelle et civilisatrice  et la différence qui en résulte dans les visions et les sentiments, en commençant par la perception que chaque société a d’elle-même. Ceci est aussi le cas de la culture arabe que l’islam a clairement et fortement marquée. La situation est de même pour la culture occidentale ayant connu des développements qui ont touché les modes européens de pensée et de recherche sous l’influence du christianisme et du patrimoine hellénique. Ces évolutions ont fractionné ou ont failli diviser la science et la foi, comme le démontre le conflit entre les philosophes et les hommes de l’église après la Renaissance, en particulier au dix-huitième siècle. Un conflit similaire- ou proche de celui ci- a marqué la culture islamique après son apogée. En effet, la problématique de la raison et de la foi y était parfaitement claire dans les discussions des philosophes, des théologiens et des mystiques.

 

L’observateur de ce conflit qu’ont vécu les cultures occidentale et arabo-musulmane, conclut qu’à part ceux qui annonçaient leur athéisme et qui combattaient la religion en tant que telle, la majorité de ses initiateurs et des participants dans ce débat  se basaient sur l’élément de la foi, ou le prenait au moins en considération, étant parfaitement conscients  non seulement de son lien très solide avec l’être humain et la vie, mais aussi du besoin pressant qu’il ressent. Toutefois, les deux partis le voyaient et l’utilisaient d’angles différents.

 

De là, je vois la nécessité de différencier entre le sacré – dans son sens large - et la religion en premier lieu- et entre l’interprétation de ceux qui jugent ce sacré d’après leur compréhension. Ainsi, c’est la religion qui est sacrée et non leur interprétation, parce que la religion est divine et céleste, alors que la compréhension est humaine et influencée par la mentalité de ceux qui la pratiquent, par leurs degrés de maturité et de savoir, et par la nature de leur environnement culturel.

 

Aussi, le sacré, qui est inconditionnellement valorisé dans la culture,  se conçoit avec tolérance et flexibilité à l'égard d’un autre sacré, le poussant ainsi à l’accepter. Ce qui le mène à le respecter et à le valoriser comme il le prépare  au dialogue, à la coexistence et à l’interaction. De là apparaît combien l’humanité a grand besoin d’un sacré de ce genre, en toute circonstance, surtout lorsque la culture se développe dans le cadre d’un matérialisme féroce.

 

Le développement civilisateur matériel, et l’avancement des sciences et du savoir qui en suivent, particulièrement dans le secteur industriel et informatique, suggère une perte de l’importance qui est et qui se doit à la culture et au sacré. Cette situation se consolide d’autant plus avec la fixation dans les mentalités et les comportements liant la vie et son bonheur à l’assouvissement des convoitises matérielles, et à l’incitation des motivations sensuelles, pour ne pas dire les stimulations instinctives animales de l’être humain. Cette situation se détériore d’autant plus avec les hérésies qui se sont répandues et qui sortent de la nature humaine saine, surtout au niveau social, comme la détérioration des liens familiaux, la liberté illimitée des relations sexuelles, et le mariage entre deux personnes du même sexe.

 

La situation est d’autant plus alarmante dans le domaine scientifique, biologique et  génétique puisqu’il est devenu possible aujourd’hui de cloner des êtres humains. Ce qui porte atteinte à la nature humaine, à sa dignité, et à l’état vrai de son existence.

 

Toutes ses nouveautés mèneront l’individu à perdre son état humain et à se transformer en une simple chose ou numéro qui pourrait se réduire au néant. Le maniement de ses nouveautés exige une compréhension consciente du concept du sacré, de ses conséquences, et de la manière de l’adopter. Avant tout cela, il nécessite la possibilité de l’allier avec la modernité pour pouvoir lui trouver une position au sein de la mondialisation.

 

En effet, il y a le côté illuminateur  et créateur de la modernité, dont les sociétés en développement ont déjà assez tardé à profiter, malgré leur nécessité impérieuse pour cet aspect qui  éclairera leur pensée et leur culture. Mais il y a aussi d’autres côtés de la modernité et ses aboutissements qui ne seront qu’un domaine de déracinement pour ces sociétés, si ce n’est de badinage de l’esprit et de la liberté de pensée. Ce délassement risque de mener à la tyrannie. Et quelle absurdité plus violente que les conflits, les crises, et les défis que subit l’humanité aujourd’hui ! Cette situation, menaçante et inquiétante par sa nature, mènera à l’absolutisme, au despotisme et à la destruction, tant qu’elle se référera à un unilatéralisme arrogant, prétentieux et dominateur refusant d’accepter l’autre et ce qui le diffère.

 

Dans le cadre de ce mouvement, l’individu est poussé à se révolter contre le sacré en général et la religion en particulier. Il subit simultanément un effroyable cauchemar qui le rend victime d’un stress permanent,  et d’une anxiété continue. Il souffre aussi de soupçons qui lui font perdre la vigilance de l’affection, la conscience de l’esprit, et la capacité de comprendre l’authenticité de soi-même, de son existence, et de sa position dans l’univers. Cette situation est un obstacle à la vie saine puisqu’elle en écarte son équilibre et son homogénéité. C’est ainsi qu’elle étouffe la personne, limite l’esprit, et dissimule la vision, comme elle écarte l’optimisme et l’espoir d’un futur meilleur.

 

Il est clair que construire son avenir n’est plus lié à soi-même et à la capacité de l’orienter et de l’épanouir, selon une optique particulière pour réaliser les buts précis dans cet avenir. L’édification de ce dernier est devenue soumise à d’autres éléments externes à la personne, qui se dégagent du développement scientifique et technologique de l’occident au sein de la mondialisation.

 

Nul ne discute les avantages de ce développement auquel est parvenu l’occident, et ce qu’il en suit, à savoir la liberté d’expression et le respect des droits de l’homme. Comme personne ne nie ce à quoi appelle la mondialisation dans les domaines de l’économie, du commerce, du libre échange, du rapprochement des distances, de la diffusion des profits et de la vulgarisation des technologies, malgré ce que cela présente comme risque pour les entités. Cependant, le fond du conflit réside dans le fait que la mondialisation se base sur des fondements et des critères différents ou contraires à ceux qui conditionnent les autres. Elle est vouée à des objectifs et à des fins qui risquent de représenter des défis difficiles à soulever ou à affronter. Avec cette détermination  et cet appui, le but de la mondialisation serait d’éliminer les caractéristiques et les spécificités des différentes cultures, pour qu’elles soient remplacées par un modèle culturel particulier qui vise à se faire accepter avec force et par contrainte, comme elle impose sa force militaire, son hégémonie économique et son développement scientifique et technologique, avec tous ses avantages et ses inconvénients.

 

Dans le cadre de ses tentatives d’élimination des différentes identités culturelles, sont touchés le sacré, ainsi que tous ses composants, à savoir les croyances religieuses, leurs valeurs spirituelles et leurs substances éthiques. Ces derniers cèdent la place à d’autres valeurs et constituantes marquées par le matérialisme et les intérêts que la mondialisation cible, même si c’est au détriment du cœur et de la conscience, c’est à dire de la réalité humaine; et aussi sans prendre en considération le déracinement qui en résulte.

 

Cet arrachement culturel mènerait les peuples démunis visant le développement et la modernité, soit à perdre leur appartenance dans le cas de la résignation et de l’abandon, soit à plus d’attachement et d’ardeur en la défendant, même si c’est par la violence et le terrorisme. Dans les deux cas, il reste difficile pour ces peuples de se développer et de se moderniser afin de sortir du sous-développement dont elles souffrent. Même les sociétés développées, qui ont déjà franchi plusieurs étapes dans la modernité et qui aspirent à ce qu’il en suit, ne manqueraient pas de se sentir déracinées au cas où elles seraient entraînées par le courant de la  mondialisation dans ses aspects intellectuels et culturels. Ceci est une conséquence du conflit des valeurs et de l’absence d’un mode de comportement, se basant sur des aspects humains sans lesquels la vie n’aurait plus de sens.

 

Néanmoins, et malgré le façonnement qui est voulu à la culture, j’estime que la position qu’a le sacré dans la culture de toute société et dans son identité en général, prendra plus d’ampleur avec la mondialisation. La raison de cette grande étendue est que le sacré, ainsi que la culture qu’il symbolise au sein des composantes de l’identité, sont pour les peuples, qui en sont fiers et qui y tiennent, la seule possibilité et l’unique moyen qui leur restent pour s’exprimer et concrétiser leur originalité. Ceci est particulièrement le cas dans le domaine des croyances et des valeurs qui sont spécifiques au sacré, sans oublier les valeurs humaines universelles à caractère global, à savoir la liberté et les droits de l’homme, même si la perception de ces derniers peut différer d’une société à l’autre.

 

Quels que soient les gains de ce mouvement violent ou les espaces qu’il dévaste, il ne possède pas, en réalité, le pouvoir d’effacer ce qui appartient aux peuples- forts ou faibles soient-ils- quant à leur héritage civilisateur et culturel, leurs repères solides et les effets persistants et  inébranlables de leur mémoire collective. En effet, il n’est pas facile de déraciner ces effets ou d’éradiquer leur impact profondément ancré grâce à leur affinité avec le sacré. Ce phénomène paraît encore plus clair quand il s’agit de sociétés arabes et islamiques jouissant d’une place particulière dans l’histoire et d’une position remarquable dans la culture et la civilisation, non seulement au niveau local et régional, mais à l’échelon mondial.

 

Je n’ai aucun besoin de prouver que n’importe quel comportement dominateur ou narcissique ne crée autre que le mal entendu menant au conflit qui est un résultat inévitable du sentiment de menace à l’être et à ses parties constituantes. Ce qui n’est bénéfique pour personne, quel que soit le degré de prédominance et de l’illusion de supériorité. Si la disparité entre les peuples dans le développement ne permet ni l’écoute ni la réciprocité dans les échanges, elle peut néanmoins  permettre l’opportunité d’une complémentarité dont l’humanité a tant besoin. Cette complémentarité entre les différentes couleurs civilisatrices et culturelles  soutiendra et enrichira l’héritage humain. Elle permettra aussi de trouver un équilibre, et de concrétiser une coexistence entre la nature matérialiste de la mondialisation, avec son mode culturel imposé,  et entre le trait spirituel qu’elle a perdu et qui ne peut être récupéré que par le retour à ce que les sociétés ont amassé dans leur sens intérieur,  et les valeurs religieuses qui le conditionne.

 

Il n’y a pas de doute que ce trésor vivant et continuellement prospère a permis à ces sociétés d’affronter plusieurs autres défis, dont le plus important était celui de la colonisation. Elles sont aussi capables aujourd’hui de surmonter le sous-développement dont elles souffrent. La condition pour qu’elles accèdent au développement est de savoir comment marier les composantes de soi-même avec ce qui lui convient des données modernes appartenant à l’autre, sans que leur identité s’efface ou qu’elle perde ses caractéristiques personnelles, et ceci avec conscience et maturité.

 

Je veux dire par ‘conscience’ un réel sentiment de soi-même et de la réalité interne et externe que lui impose ses influences. J’entends par ‘maturité’ le fait que nous soyons convaincus de la nécessité du développement de notre monde, de toutes les règles qui le contrôlent, et des changements qui en résultent et qui ont centralisé le pouvoir- ou ont failli le centraliser- dans un pôle unique. Ce dernier essaye d’éliminer l’autre et tout ce qui lui est différent, non seulement au niveau de la politique, du militaire et de l’économique, mais aussi au niveau de la culture, du goût et du comportement. Pour la formulation de sa pensée, ce pôle unique utilise les technologies de l’information très sophistiquées qui lui permettent de l’imposer et de la diffuser par le moyen de ses chaînes de communication développées. A travers cette pensée,  il transmet des valeurs qui, dans leur ensemble, contredisent celles  des sociétés qui se retrouvent obligées de les consommer et de se laisser influencer, sans prendre en compte la nécessité de trouver un équilibre permettant une coexistence et une interaction, comme mentionné auparavant.

 

Cependant, cet équilibre ne peut pas devenir réalité en responsabilisant uniquement les sociétés affaiblies dans l’effort qu’elles fournissent, afin de trouver la meilleure formule pour cette intégration. Au contraire, il est nécessaire que le parti fort se montre d’accord,  qu’il s’apprête à accepter l’autre et à lui donner l’occasion de se réaliser. Ce qui nécessite l’établissement d’un dialogue positif et constructif entre les différents partis; surtout entre les pays méditerranéens qui ont vu naître le long des rives de leur bassin, pendant des siècles, deux grandes civilisations ; pour la conservation, le développement et l’épanouissement desquelles, ils sont aujourd’hui responsables: La civilisation arabo-musulmane et la civilisation européenne. Et ce pour leur bien et celui de tous les peuples qui tiennent à leurs identités respectives, et qui se trouvent aujourd’hui obligés d’affronter les inconvénients de la mondialisation.

 

Le but de ce dialogue ne devrait pas être l’élimination des différences dans les croyances, car ceci est impossible et inconcevable. Son objectif serait plutôt de trouver un domaine de rapprochement culturel au niveau des valeurs communes auxquelles toutes les religions et les croyances ont appelées. Ses valeurs communes permettront de rendre à l’homme son état humain pour qu’il puisse jouir du respect que Dieu lui a particulièrement attribué et pour accomplir la mission qu’Il lui a confiée, et vivre dans un monde de paix et de sérénité.

 

C’est ainsi, mesdames, mesdemoiselles, messieurs, que  le sacré, dans ses différences versions et ses nombreuses manifestations, prendra une place proéminente et remarquable dans la culture contemporaine.

 

Je vous remercie pour votre attention.

 

و السلام عليكم و رحمة الله تعالى و بركاته.

 

Abbés Jirari.